Je suis fatiguée rien que de penser à toi. Tu m’as poursuivie pendant de si nombreuses années et moi, inconsciemment, je t’ai poursuivie pendant ces mêmes si nombreuses années. Alors, trois jours chez toi, JAMAIS !
Et pourtant ! …À chaque fois que je quittais un amour mes pas me ramenaient vers toi. La dernière fois, j’ai trouvé un appartement dans un immeuble situé juste en face de chez toi.
Une de tes fenêtres donnait sur mon salon ; tu n’avais rien à faire ; alors tu m’épiais, discutais mes allées venues, mes volets fermés, mes lumières allumées, en un mot tu me stressais à toujours vouloir savoir ce que je faisais. Mais pourquoi m’étais-je mise dans ce guêpier ? Je n’en pouvais plus.
Un jour, alors que j’avais intégré un groupe de développement personnel, j’ai enfin pris conscience de cette poursuite incessante et de cette douleur de vouloir à toute force être vue par toi.
Comble d’ironie, à partir de ce moment là, j’ai vu des travaux commencer entre nos deux immeubles. Au bout de quelques mois une belle maison s’intercala entre toi et moi. Je m’étais enfin guérie de ma douleur et je m’étais rendue invisible à tes yeux. Je jubilais !
Juste avant ta mort nous avons fait la paix et enfin, totalement délivrée, je suis partie m’installer à des centaines de kilomètres de chez toi.
Après son accident vasculaire et sa mise en maison de retraite, alors qu’elle était dans le coma, je n’ai pas pu passer, même trois jours, chez ma mère. L’appartement où elle logeait avait été vendu. Mais je suis restée à ses côtés des après midi entiers, dans le silence de sa chambre, à guetter sa respiration chaotique et les ombres d’émotion sur son visage émacié. Une sérénité m’est venue de cette rencontre cœur à coeur, par-delà sa présence physique, dans la proximité de sa mort.
Clara.
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